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Sites libertins : quand les recommandations remplacent la discrétion

Photo du rédacteur: club Le BILITIS
club Le BILITIS
il y a 3 heures
5 min de lecture

Le libertinage est-il devenu un concours de popularité ?


Il fut un temps où le libertinage reposait sur trois choses simples : une rencontre, un ressenti et la discrétion.

Aujourd’hui, sur certains sites spécialisés , on découvre parfois une drôle de vitrine : profils certifiés, listes d’amis, commentaires et recommandations laissées après une rencontre.

Sur le papier, l’idée paraît rassurante. Une recommandation servirait à confirmer qu’un profil est réel, respectueux et digne de confiance. Dans un univers où existent aussi les faux profils, les personnes insistantes et les rendez-vous décevants, on peut comprendre son utilité.

Mais entre l’intention et la réalité, il y a parfois un gouffre.

Et puisque notre précédent article, « Les fossoyeurs des clubs libertins », a fait beaucoup réagir, allons cette fois-ci mettre les pieds dans un autre petit monde où tout le monde semble s’adorer… du moins publiquement.


Une caresse, deux bisous… et cinq recommandations


Soyons honnêtes : il suffit parfois d’avoir partagé un verre, une soirée privée, quelques minutes dans un sauna ou une petite caresse pour voir apparaître une recommandation digne d’une remise de prix :

« Couple magnifique, adorable, respectueux, très belle rencontre, au plaisir de vous revoir très vite ! »

Puis, par politesse, la recommandation repart dans l’autre sens :

« Merci à vous, vous êtes également merveilleux, sensuels, beaux, élégants et tellement respectueux ! »

Tout le monde est exceptionnel. Tout le monde est magnifique. Tout le monde est recommandé par tout le monde.

À ce rythme-là, on ne sait plus s’il s’agit d’un site de rencontres libertines ou d’une cérémonie permanente de remise de médailles.

Je vais le dire franchement : je trouve cela terriblement faux-cul.

Non pas parce que les gens n’ont pas le droit de s’apprécier, de remercier ou de garder un joli souvenir d’une rencontre. Mais parce que ces recommandations ressemblent trop souvent à un échange de bons procédés. Tu me recommandes, je te recommande. Tu valorises notre profil, nous valorisons le tien. Personne n’ose écrire qu’il n’y avait pas d’alchimie, ce qui serait pourtant parfaitement normal et encore moins laisser un avis nuancé, de peur de froisser, de vexer ou de se griller auprès du petit réseau local.

Une recommandation censée apporter de la confiance finit alors par fabriquer de la complaisance.


Le libertinage n’est pas TripAdvisor


Un couple peut être charmant avec certains et ne provoquer aucune attirance chez d’autres. Une rencontre peut être formidable un soir et banale le lendemain. Le désir n’est ni une note, ni un label, ni une garantie transférable.

Ce n’est pas parce que quinze couples ont « validé » un profil que le seizième lui doit quoi que ce soit.

Et c’est là que le système peut devenir plus gênant qu’il n’y paraît. À force d’accumuler les recommandations, certains profils semblent obtenir un certificat implicite de désirabilité. Les nouveaux, les plus discrets ou ceux qui refusent d’exposer leurs rencontres peuvent, à l’inverse, paraître suspects ou moins intéressants.

On ne rencontre plus seulement une personne. On consulte son palmarès.

Combien de recommandations ? Par qui ? Depuis combien de temps ? Dans quel club ? Lors de quelle soirée ?

Le libertinage devient alors une sorte de marché où chacun expose son capital de séduction. Pourtant, une personne n’est pas un restaurant, un hôtel ou un vendeur en ligne. L’intimité ne devrait pas avoir besoin d’étoiles, de témoignages clients ou d’un service après-vente.


« Je sais qui coquine avec qui »


C’est probablement le point qui me dérange le plus.

En parcourant les recommandations, les commentaires, les amitiés et les interactions visibles, on peut parfois reconstituer une partie de la vie intime des autres : qui a rencontré qui, qui fréquente quel lieu, qui faisait partie de quelle soirée et, par déduction, qui a peut-être partagé davantage qu’un verre.

Même lorsqu’aucun détail explicite n’est écrit, l’accumulation des traces raconte une histoire.

Or la discrétion n’est pas un détail folklorique du libertinage. Elle en est l’une des fondations. Beaucoup de personnes ont une famille, des enfants, un métier exposé ou vivent simplement dans une petite ville où tout se sait très vite. Elles peuvent assumer pleinement leur liberté sexuelle sans vouloir transformer leurs rencontres en tableau public.

La CNIL rappelle d’ailleurs que les informations concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle sont des données particulièrement sensibles. Elle conseille aux utilisateurs des applications de rencontre de limiter les informations publiées, de régler la visibilité de leur profil et de garder la maîtrise de leur image et de leurs données.

Autrement dit : ce qui paraît anodin entre initiés peut devenir une véritable cartographie intime.


La recommandation crée-t-elle aussi une pression ?


Il existe une autre question, rarement posée : que se passe-t-il lorsqu’un profil très recommandé se comporte mal avec quelqu’un ?

La personne concernée peut hésiter à parler. Elle peut se demander si elle sera crue face à un couple connu, apprécié et entouré de dizaines de commentaires élogieux. Elle peut aussi craindre de passer pour la personne compliquée qui « fait des histoires ».

Une réputation numérique positive ne prouve pas qu’un comportement sera toujours irréprochable. Et surtout, elle ne remplace jamais les règles essentielles : consentement clair, respect d’un refus, absence d’insistance et liberté de changer d’avis à tout moment.

Cent recommandations ne donnent aucun droit supplémentaire sur personne.


Les sites libertins ont pourtant leur utilité


Il ne s’agit pas ici de nier tout l’intérêt des sites libertins ou d'autres plateformes. Elles permettent de découvrir le milieu, de dialoguer avant une première sortie, de trouver des événements, de repérer des lieux et parfois de faire de très belles rencontres.

Les avis publics consultés sur ces sites sont d’ailleurs très partagés. Certains utilisateurs apprécient la taille des communautés et les possibilités de contact. D’autres critiquent l’ergonomie, les abonnements, la qualité variable des échanges, les faux profils présumés ou la difficulté à passer du virtuel au réel. Ces témoignages restent subjectifs et ne permettent pas, à eux seuls, de condamner une plateforme.

Mon propos vise donc moins les sites eux-mêmes que certains usages qu’ils encouragent : la course à la visibilité, l’exposition permanente et la confusion entre confiance, popularité et désirabilité.

Un outil peut être utile sans que toutes ses fonctions soient souhaitables.


Et si l’on recommandait autrement ?


S’il faut rassurer les membres, on pourrait imaginer des systèmes beaucoup plus sobres :

  • une certification indiquant simplement que l’identité ou le profil a été vérifié ;

  • un signalement confidentiel adressé uniquement à la modération en cas de comportement grave ;

  • une appréciation limitée à des critères de sécurité et de respect, sans raconter ni suggérer la nature de la rencontre ;

  • des recommandations privées, non visibles par l’ensemble de la communauté ;

  • la possibilité de masquer totalement son réseau et ses interactions.

Cela permettrait de protéger les membres sans transformer leur intimité en CV libertin.


Le mystère fait aussi partie du désir


Personnellement, je préfère pousser la porte d’un club sans connaître à l’avance le casting complet de la soirée. Ne pas savoir exactement qui sera là, qui connaît qui ou qui a déjà joué avec qui : c’est aussi cela qui crée l’adrénaline, la surprise et la magie d’une rencontre.

Le libertinage ne devrait pas devenir une compétition de profils les plus recommandés. Il devrait rester un espace de liberté où chacun peut plaire ou ne pas plaire, rencontrer ou simplement discuter, sans devoir présenter un carnet de références.

Nous revendiquons souvent le droit de vivre librement nos désirs. Revendiquons aussi le droit de ne pas les afficher.

Une belle rencontre n’a pas toujours besoin d’un commentaire public. Parfois, la plus élégante des recommandations reste celle que l’on garde pour soi.

Et vous, ces recommandations vous rassurent-elles vraiment… ou avez-vous parfois l’impression de consulter le palmarès intime des autres ?


Chris (Gérant du Bilitis)

 
 
 

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